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Alain Hayot / Chronique dans La Marseillaise du mardi 12 juillet 2011

 
 

La crise de société est d’abord une crise de la culture

Par Alain HAYOT

Soirée mémorable jeudi soir à Avignon pour la première inaugurale du Festival à la cour d’honneur du Palais des Papes. En premier lieu grâce au bouleversant spectacle chorégraphique de Boris Charmatz « Enfant » où des adultes évoluant dans un monde noir et angoissant manipulent des corps d’enfants dans la recherche désespérée de l’humain qu’ils portent en eux. A la fin du spectacle, les enfants, en un renversement fabuleux s’affranchiront de la domination des adultes pour réveiller en nous le désir de liberté.

Auparavant, un représentant de l’intersyndicale des professionnels a pu, devant les milliers de spectateurs lancer un cri d’alarme sur l’état de la culture. Devant le Ministre de la culture, le syndicaliste a égrené les méfaits de sa politique: démantèlement des politiques publiques, baisse des budgets, étranglement des collectivités territoriales, précarisation sociale des artistes et des compagnies, disparition de l’éducation artistique à l’école et de l’éducation populaire dans la cité et dans l’entreprise, marchandisation au sein d’un consumérisme culturel formaté, répétitif et de bas niveau. Enfin il a appelé à un véritable sursaut et à faire de la culture un enjeu central pour 2012. Très longuement applaudi, cette intervention a eu même droit à un « standing ovation », dont le sens politique n’aura pas échappé à Frédéric Mitterrand. Et ce ne sont pas les miettes qu’il a royalement distribué le lendemain qui résoudra le problème posé.

Je veux dire dans cette dernière chronique avant la pause estivale que la crise de la société que nous connaissons est d’abord une crise de la culture. Au sens où il s’agit de la crise du sens même de la société dans laquelle nous vivons. Nous rêvons d’une société dont l’être humain, sa vie, ses rêves, son intelligence, son rapport à la nature soit le but et le moyen à la place de celle, réduite à la rationalité économique et commandé par les impératifs du profit, qu’on nous impose aujourd’hui.

La culture, au sens le plus large de sa définition, « ensemble des créations humaines », n’est pas un secteur parmi d’autre de l’action publique. Elle en est le cœur parce qu’elle lui donne son sens global. Son appropriation par tous est un enjeu politique majeur pour ceux qui portent l’ambition de changer la vie et la société.

Dans ce cadre l’art n’est pas un luxe réservé à une élite. Au même titre que la connaissance l’art est un formidable outil de représentation et de transformation du monde. C’est pourquoi le partage du sensible et de l’imaginaire doit être au centre de toute politique culturelle intimement lié au soutien à la création artistique. Comme l’écrit Roland Gori il ne saurait y avoir d’émancipation politique sans émancipation culturelle. Face à toutes les formes d’aliénation et de domination, la culture n’est populaire que si elle s’inscrit dans un processus d’émancipation, si elle fait « civilisation ».

C’est pourquoi, nous avons créé le 2 mai dernier le Front de Gauche de la culture. Après Paris et Marseille son 3e forum partagé aura lieu à Avignon le 13 juillet. Son ambition est claire : faire de la culture le passage obligé d’une véritable politique de gauche afin de faire de chacune et chacun d’entre nous l’actrice et l’acteur du changement. C’est l’avenir même de l’utopie d’une autre société qui est en jeu.

Je vous souhaite un bon été de paresse et de culture, cela va bien ensemble.

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